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Nutrition News for Africa

15 Décembre 2006

Un article intitulé « Les déterminants de l’anémie chez les femmes enceintes au Mali » ("Determinants of anemia among pregnant women in Mali”) a été publié par Ag Ayoya et al. dans Food and Nutrition Bulletin 2006, vol 27, no. 1.

Introduction : Au Mali, les enquêtes régionales estiment que la prévalence moyenne d'anémie chez les femmes enceintes est entre 41% et 59%. La cause mondiale la plus fréquente d'anémie durant la grossesse est supposément la carence en fer en raison du fer alimentaire chroniquement inadéquat et qui est aggravé par les demandes physiologiques élevées de la grossesse. L'absorption et l'utilisation du fer peuvent aussi être affectées défavorablement par des états communs d’infections et d’inflammations chroniques en raison du paludisme et d'infections parasitaires multiples. Une grande étude transversale a eu lieu au Mali pour examiner la prévalence d'anémie pendant la grossesse et les facteurs étiologiques probables qui y sont associés, et ce dans une population considérée à haut risque. L'étude a été conçue pour évaluer la relation entre l'anémie, le paludisme, et d'autres maladies parasitaires, et pour informer les politiques de nutrition locales et régionales, entre autres.

Méthodes : L'étude a été conduite à Banconi, une banlieue pauvre et densément peuplée de Bamako, de juin à août 2002. La population de l’étude était composée de femmes âgées de 18 à 45 ans, qui se présentaient au Centre de Santé Communautaire (CSCom). Les critères d'inclusion comprenaient une grossesse sans prise de fer oral ou de traitement anti-parasitaire depuis le début de la grossesse, et sans transfusion sanguine dans les trois mois qui précèdent l'entrée dans l'étude. Des 190 femmes inscrites, 131 (69%) ont fourni toute l'information et les échantillons nécessaires avec des données cliniques et biochimiques complètes. Toutes les participantes ont reçu suffisamment de suppléments pour un régime de 30 jours de comprimés contenant du fumarate ferreux avec 64 mg de fer élémentaire et 400 microgrammes d’acide folique. Un traitement présomptif contre le paludisme à la chloroquine de 4 semaines a aussi été fourni.

Résultats : L'accès à la nourriture était limité pour 45% des femmes à cause de restrictions alimentaires auto-imposées ou basées sur des croyances culturelles (par ex. les œufs, le lait, le sel, la banane, la viande). Des niveaux faibles de fer sérique ont été observés dans 13% de l'échantillon analysé et 11% des femmes avaient des capacités de fixation du fer total anormalement basses. Le taux d'hémoglobine était en dessous de 100g/L chez 47% des femmes et en dessous de 70g/L chez 2% des femmes. La parasitémie paludique, la schistosomiase à S. haematobium, et l’ankylostomiase ont été détectées chez 11%, 23% et 8% des femmes respectivement, et 82% des femmes avaient des leucorrhées (pertes vaginales blanches anormales).

Discussion : Les résultats indiquent que les infections et les restrictions alimentaires sont probablement des causes importantes de l’anémie dans cette population. Il n’était pas possible de confirmer que le fer était le principal facteur limitant qui explique les taux élevés d'anémie car les autres mesures du statut de fer telles que la ferritine sérique n'étaient pas faisables dans le cadre de l’étude. Les infections étaient plus fortement prédictives de l’anémie. Les résultats montrant que 55%, 32%, 13% et 10% des cas d'anémie étaient attribuables aux leucorrhées, au paludisme, à la schistosomiase à S. haematobium, et aux ankylostomes respectivement, appuient le rôle probable des infections et semble suggérer qu’un traitement au fer à lui seul n’est probablement pas une stratégie efficace de lutte contre l'anémie.

Conclusion : Les auteurs concluent que les infections vaginales et les maladies parasitaires sont des facteurs importants qui contribuent aux taux élevés d'anémie chez les femmes dans cette étude, et qu'un accent plus important sur leur prévention, leur diagnostic et leur traitement est nécessaire, surtout sur l'évaluation du lien causal entre les leucorrhées et l'anémie. Les auteurs conseillent aussi qu’il est souhaitable de minimiser ou d’éliminer les restrictions alimentaires auto-imposées ou imposées culturellement.